auteur radio réalisatrice photographe Bienvenue chez Elvirephotos Elvire
# Extrait de Poussez pas ! co-écrit avec Hélène Cabot Premier Tableau
Montage d’extraits d’une étape de travail présentée au public à la Chapelle Saint Louis, à Rouen, le 19 septembre 2006. Poussez pas ! est un monologue féminin monté par la compagnie “un train en cache un autre”. Co-écrit par Hélène Cabot et Elvire, joué par Hélène Cabot, dirigée par Lydie Gaborit. Lumière : Pierre Lemonnier. Scénographie, diapositives : Laure Delamotte-Legrand
ELLE Tu entends ? T’as vu ce qu’il dit ? (lui) « Poussez pas madame, il faut attendre la contraction ». Il est marrant, lui, il sait pas ce que ça fait quand ça pousse et qu’il faut pas pousser, quand ça Appuie… Il connaît pas. Il en sait rien du tout ! (comme pour s’excuser d’une éventuelle interprétation) Pas que les hommes n’aient rien à voir là dedans, ben non, pas que ça les regarde pas, de toutes façons je déteste quand les toubibs s’adressent à nous sans tenir compte du père. Alors… tu vois que c’est pas ce que je veux dire. Non. Ce que je veux dire, c’est qu’il saura ja-mais. TU sauras jamais, toi non plus. Même avec la meilleure volonté du monde. Et tu te souviendras même pas de tout ça. Ta sœur, elle, si t’en as une un jour, ET BEN elle s’en souviendra pas non plus… mais elle le vivra, elle ! Vous c’est pas possible, c’est comme ça. Il faudra t’y faire. Tu imagines, toi, (indiquant la femme qui criait de l’autre côté de la porte) à 10h10 depuis 5 heures, et lui, avec ses binocles et ses gants en plastique : (Lui) « tournez-vous on va faire la péridurale, faites le dos rond. » Il t’explique que tu peux trembler, vomir, que ta jambe peut se dérober d’un coup d’un seul, sursauter comme un réflexe, bon… Moi je déteste les piqûres, c’est comme ça. Elles sont E-NO-rmes en plus il paraît, c’est affreux. Des pieux ! (Lui) « Faites le dos rond madame. » Mais enfin ! (montrant son ventre). Ça prend toute la place. Ça se voit, tout de même, cette légère protubérance, non !? Finalement - j’te passe les détails - ça a craqué un petit coup il a dit : (Lui) « c’est rien madame tout va bien c’est normal » j’me retrouve allongée avec un truc en plastique dans le dos. Et tout d’un coup PAF : hémiplégie temporaire. Temporaire ; ça me rassure ! Et ça dure combien de temps quand c’est temporaire ? ça se transmet ? (lui) « Ecartez les jambes ma petite dame. » Mais j’peux pas : je suis paralysée. (lui) « Allez-y, faites un effort, faut qu’je mette un doigt. » Mais vous pouvez mettre ce que vous voulez : je suis pa-ra-lysée. Il est sourd en plus, avec ses binocles. (Lui) « mais écartez les jambes madame enfin, s’il vous plaît » Il est courtois, il est gynéco, il a fait des études, ça se voit. Donc il dit s’il vous plaît, mais moi je suis PA-RA-LYSEE. Lui il est sourd et moi paralysée, une vraie équipe de bras cassés. Je fais ce que je peux, j’écarte pas assez les jambes, il se débrouille, il me les ouvre –là, il réalise qu’il a des bras- il y va avec deux doigts. (lui) « ma pauvre dame, on en a encore pour au moins… ! pfuu… Au moins… » (geste vague) Fatigué d’avance, il aurait bien voulu dîner avec sa femme le chargé de mission sur la parturiente. C’est moi la parturiente. Primipare ! Parturiente primipare. Un peu de poésie pour nommer l’accouchée d’un premier enfant. Et là, il relève la tête : il annonce : (lui) « rrrrr… le travail ne se fait pas ». Est-ce que c’est ma faute à moi ? Parce que ça se pourrait : imagines, t’es pas décidé à sortir. On y va, à la guerre comme à la guerre, puis là stop, tu me fais le coup du type qui se rétracte, qui veut plus, qui sait plus, qu’a la trouille… Pourquoi tu serais meilleur que les autres, toi ?